Libération - 17.10.2019

(Nancy Kaufman) #1

France


U


ne soirée mémora-
ble, avec jeux de lu-
mière, écrans géants
et ­AC/DC à fond pour l’entrée
en scène de la star du soir, le
frontiste Stéphane Ravier.
C’était en janvier 2016 et le
sénateur RN, alors aussi
maire du 7e secteur, dans le
nord de Marseille, testait
pour la première fois ce qui
deviendra un rituel : des
vœux en mode paillettes, un
one man show offert à quel-

que 1 500 personnes invitées
au Dôme, l’une des plus gran-
des salles de la ville. L’occa-
sion, aussi, de célébrer une
victoire historique : celle du
30 mars 2014, lorsque le FN a
raflé au PS les 13e et 14e arron-
dissements de Marseille.
Trois ans plus tard, cumul
des mandats oblige, le séna-
teur Ravier abandonnera sa
mairie au profit de sa nièce,
Sandrine D’Angio. Mais la
tradition des vœux s’est per-
pétuée : chaque année en jan-
vier, celui qui est candidat
permanent à la mairie de
Marseille s’offre une soirée
tout à sa gloire au Dôme. Un
show tellement pharaonique
que l’opposition au conseil
d’arrondissement s’est tou-
jours interrogée sur son coût.
«Au moins 30 000 euros», es-
timaient-ils à l’époque, sans
jamais avoir pu obtenir la
moindre facture. Libération
et Marsactu ont eu accès à
une partie de ces factures.
Pour les vœux de 2016, on est
bien loin du compte, puisque

l’addition finale flirte plutôt
avec les 100 000 euros.

Revanche. Location du
Dôme : 6 951 euros, décora-
tion de la salle, avec «ensem-
ble terrasse», «lampadaires de
rue» et «fleurs» : 11 082 euros ;
réalisation du film d’ouver-
ture, captation et retransmis-
sion de la soirée : 14 640 eu-
ros ; location du matériel son
et lumières avec techniciens :
10 290 euros et service de
­sécurité : 4 538 euros. Côté
agapes, le buffet pour le pu-

blic a été facturé 31 250 euros,
plus 1 500 le «buffet proven-
çal» pour 500 invités. Ajoutez
à ça les hôtesses, les consi-
gnes, un médecin urgentiste
mobilisé...
Cette douloureuse à presque
100 000 euros, c’est un an-
cien adepte de Stéphane Ra-
vier qui la met aujourd’hui
sur la table : Antoine Maggio,
36 ans, élu sur les listes du FN
en 2014 et brouillé depuis
trois ans avec son mentor. En
quête de revanche, il a cher-
ché longtemps cette facture

du Dôme, jusqu’à ce que deux
petites lignes dans le budget
de la mairie de secteur n’atti-
rent son attention. Sous la
formule «Divers», elles
­cumulent, en 2016 comme
les années suivantes, des dé-
penses qui avoisinent le mil-
lion d’euros, sans plus de pré-
cisions. Maggio en est
persuadé : les factures de
«bonne année» de Ravier se
cachent ici. L’élu s’adresse
donc à la Commission d’ac-
cès aux documents adminis-
tratifs (Cada) pour en connaî-
tre le détail. En mars dernier,
il finit par avoir l’autorisation
de consulter les documents
de 2016 et 2017... qu’on lui
fournit en vrac, dans une
trentaine de cartons. Il passe
des heures à tout éplucher.
De quoi exhumer, outre les
factures du Dôme, tout un tas
de dépenses «électoralistes»,
selon ses mots qu’il compte
bien renvoyer à la figure de la
majorité RN ce jeudi en
­conseil d’arrondissement.
«La mairie des 13-14 est deve-

«Libération»
et «Marsactu»
ont pu consulter
des factures du
sénateur d’extrême
droite : son raout
de janvier 2016
aurait coûté près
de 100 000 euros.

Par
Stéphanie
Harounyan
Correspondante à Marseille

«Libé Marseille»,
la newsletter
Libération a pris ses quartiers à Marseille, ville
capitale. Un regard attentif sur la cité incarné
par une newsletter tous les jeudis réservée
aux abonnés du journal.

Le Fil vert Quels moyens sont
­réellement mis en place en France
pour réduire l’impact des activités
humaines sur le climat? Selon le «Panorama des
financements climat» de l’Institut de l’économie pour
le climat (I4CE), les investissements considérés
comme «bas carbone» augmentent doucement...
pendant que les financements défavorables au climat,
nettement supérieurs, sont aussi à la hausse.

LIBÉ.FR

nue un véritable comité des
fêtes, pour reprendre l’expres-
sion de l’opposition socialiste,
dénonce-t-il. Stéphane Ra-
vier a fait campagne en 2014
sur la mauvaise utilisation de
l’argent public et se plaint à
longueur de temps de ne pas
avoir assez de budget pour les
équipements sportifs de son
secteur. Il reprend en fait les
codes du vieux monde mar-
seillais qu’il passe son temps
à dénoncer. Il fait la même
chose qu’eux, sauf que lui ne
gère qu’une mairie de sec-
teur.» Ce qui n’est déjà pas
rien : si l’on ne prend que les
vœux du Dôme, dont le bud-
get semble à peu près recon-
duit d’une année sur l’autre
au vu des prestations, la
somme représente 4 % des
dépenses annuelles de la
mairie d’arrondissements,
qui, elles, s’élèvent à environ
2,5 millions d’euros au total.

Faste. De quoi distancer lar-
gement les sommes dévolues
aux vœux dans les autres sec-
teurs. En 2017, par exemple,
la Provence présentait la note
supposée de plusieurs céré-
monies : 23 000 euros pour la
maire LR des 1er et 7e arron-
dissements, 32 000 euros
pour la «fête fastueuse» de Va-
lérie Boyer, la maire LR des
11 e et 12e arrondissements...
Le montant salé de l’addition,
Stéphane Ravier ne le dé-
ment pas. Interrogé par Libé,
il l’«assume» même : «J’ai
souhaité que les Marseillais
des 13-14 bénéficient au moins
une fois dans l’année d’un évé-
nement qui leur soit dédié. Ce
ne sont pas seulement des
vœux, on décerne aussi des
“phocéens d’or” à la popula-
tion, et il y a une soirée dan-
sante. On mutualise les
moyens, c’est trois soirées en
une !» Tout en assurant que le
budget de la soirée avait «lar-
gement décru». En janvier
prochain, Ravier promet qu’il
ne fera pas le show. Pour
cause de campagne munici-
pale. Et de plaisanter sur la
prochaine édition : «Si on ga-
gne la mairie de Marseille, on
invitera tout le monde au
stade Vélodrome !»•

Dépenses publiques : à Marseille, l’élu RN


Stéphane Ravier pond des vœux d’or


Stéphane Ravier,
le 11 janvier 2017
au Dôme
de Marseille. PHOTO
Patrick GHERDOUSSI.
Divergence

Les investissements climat en France
En milliards d’euros

Source : Institut de l’économie pour le climat

2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018

35,8 3 6,

39,5 3 8,7 3 9 ,1 39,
4 3,7 4 5,

(^56494340425963)
67
INVESTISSEMENTS
EN FAVEUR DU CLIMAT
INVESTISSEMENTS
DÉFAVORABLES AU CLIMAT
14 u Libération Jeudi^17 Octobre 2019

Free download pdf