MondeLe - 2019-08-06

(Axel Boer) #1
MARDI 6 AOÛT 2019 france| 7

Municipales : les Verts préparent la « bataille de Paris »

Arrivés en tête dans quatre arrondissements lors des européennes, les écologistes peaufinent leurs listes

Y

annick Jadot a annoncé
la couleur début juin,
dans l’euphorie de son
score surprise aux élec-
tions européennes : en mars 2020,
les écologistes ont l’ambition de
« gagner Paris ». Ils rêvent que la
ville où a été signé l’accord mon-
dial sur le climat passe aux mains
d’un maire écolo.
Depuis, les militants verts de la
capitale s’activent pour relever le
défi. Ils peaufinent leurs futures
listes, négocient des alliances, ré-
fléchissent à leur programme. Ob-
jectif : présenter une offre globale
à l’automne. Le sujet sera évoqué
lors des journées d’été d’Europe
Ecologie-Les Verts (EELV), à Tou-
louse, du 22 au 24 août.
Le pari s’annonce cependant
ardu pour David Belliard, l’élu pa-
risien choisi pour mener la ba-
taille. Gagner Paris implique en
effet un double succès pour les
écologistes. Il faut d’abord que la
« gauche plurielle », dont ils font
partie, conserve la mairie qu’elle
dirige depuis 2001, ce qui n’a rien
d’évident compte tenu des appé-
tits des macronistes, et de leurs
excellentes performances à Paris
lors des derniers scrutins. Aux
européennes, la liste soutenue
par La République en marche
(LRM) est arrivée largement en
tête, avec 32,9 % des suffrages, un
de ses meilleurs résultats à
l’échelle nationale.
Pour conquérir l’Hôtel de ville,
les écologistes doivent ensuite
prendre l’ascendant au sein de
leur propre camp. Donc arriver de-
vant leurs alliés socialistes. « Les
grandes réalisations du mandat
qui s’achève, comme le plan vélo ou
la reconquête des voies sur berges,
ont été effectuées grâce à notre
groupe, relève David Belliard. Mais
nous ne voulons plus être des
aiguillons ou des supplétifs. Paris
doit devenir une vraie ville écolo. »
Aux européennes, la liste Jadot a
nettement devancé à Paris celle
soutenue par le Parti socialiste.
Pour les futures municipales, en
revanche, tous les sondages accor-
dent à ce stade une prime à la
maire sortante, Anne Hidalgo. Ses
listes obtiendraient 20 % à 25 %

des voix, contre 13 % à 15 % pour
celles de EELV. « Dépasser Hidalgo
n’a rien d’évident, concède une fi-
gure des écolos parisiens. Mais ce
n’est pas impensable si elle commet
une erreur durant la campagne... et
si nous, nous n’en faisons pas! »
Antoinette Guhl, qui sera tête de
liste dans le 20e arrondissement,
se veut modeste, elle aussi.
« Peut-on inverser le rapport de
force avec le PS ?, demande-t-elle.
Nos scores des européennes per-
mettent en tout cas d’envisager la
victoire de l’écologie dans plu-
sieurs arrondissements, pour réus-
sir ensuite le troisième tour », c’est-
à-dire l’élection du maire de Paris
par les conseillers désignés dans
chaque arrondissement.

Puissance de feu limitée
Pour les écologistes, la situation
paraît paradoxale. Jamais la ques-
tion de l’environnement qu’ils
portent depuis des décennies n’a
été aussi centrale dans le débat
politique. Jamais les Parisiens
n’ont été aussi sensibles à la lutte
contre la pollution et le dérègle-
ment climatique, avec les 42,6 °C
enregistrés à Paris en juillet. Pour-
tant, la puissance de feu des éco-
logistes parisiens demeure limi-
tée. En juin, seuls 509 militants
ont participé aux primaires qui
ont abouti à investir David Bel-
liard. Et ce journaliste de 41 ans,
entré en politique après avoir
œuvré dans des associations gays,
manque encore cruellement de
notoriété, même s’il siège au con-
seil municipal depuis 2014.
En juin, les militants ont aussi
choisi les têtes de liste pour la plu-
part des arrondissements, en par-
ticulier les quatre où les écologis-
tes sont arrivés devant aux euro-
péennes. Sylvain Raifaud défen-
dra ainsi les couleurs de EELV
dans le 10e, où les écologistes ont
obtenu leur meilleur score en mai
(28,9 %). Anne-Claire Boux a été
désignée pour le 18e, Dan Lert
pour le 19e. David Belliard, lui, sera
candidat dans le 11e, autre arron-
dissement de l’Est où les écologis-
tes caressent beaucoup d’espoirs.
Quant à Jacques Boutault, le seul
maire vert de Paris, élu dans le

2 e arrondissement, il tentera de
conserver son fauteuil dans le
nouveau secteur Centre, qui re-
groupera en 2020 les quatre pre-
miers arrondissements parisiens.
« Nous avons aussi gardé des pla-
ces pour des candidats extérieurs à
EELV », précise David Belliard. Des
discussions sont en cours avec
des personnalités de la société ci-
vile, et des mouvements proches,
comme Urgence écologie, le Parti
animaliste et le Parti pirate, qui
ont engrangé ensemble 3,3 % des
suffrages parisiens aux euro-
péennes, contre 19,9 % pour la
liste Jadot. En revanche, certains
élus arrivés à la mairie en 2014 sur
des listes écologistes risquent fort
de se présenter en 2020 sur celles
d’Anne Hidalgo. Tel est le cas de
Célia Blauel, l’adjointe chargée du
climat. Et peut-être celui de Chris-
tophe Najdovski, responsable des

transports, qui n’a pas encore pris
sa décision.
Entre les socialistes et les écolo-
gistes, c’est en effet à qui sera le
plus vert. Un maire écologiste à Pa-
ris? Mais le rêve de Yannick Jadot
est déjà réalisé, sourit Anne Hi-
dalgo. N’a-t-elle pas décrété avant
tout le monde la fin du diesel à Pa-
ris, mené la guerre aux voitures,
stoppé des projets immobiliers?

Projets « absurdes »
Depuis le succès des écologistes
aux européennes, la maire en
place a encore accentué ce virage.
La mairie a renoncé au chantier
très contesté prévu sur un ancien
terrain de sports à Ménilmontant,
promis d’aménager le quartier
Bercy-Charenton avec davantage
d’espaces verts, et annoncé la créa-
tion de quatre « forêts urbaines ».
« Ces prétendues forêts ne sont que

du marketing, du greenwashing »,
critique David Belliard.
A ses yeux, la maire socialiste a
beau parler beaucoup d’écologie,
« elle favorise en même temps la
publicité numérique qui pousse à la
surconsommation, poursuit de
grands projets immobiliers, noue
des partenariats avec des pol-
lueurs... » Selon lui, l’urgence cli-

matique impose des choix plus
drastiques : « Il faut rompre avec
l’obsession de l’attractivité, aban-
donner la compétition avec Lon-
dres ou San Francisco, arrêter les
projets absurdes sur le plan envi-
ronnemental comme la tour Trian-
gle, agir vraiment contre la spécu-
lation immobilière. »
Ce discours radical laisse scepti-
que une partie de l’équipe d’Anne
Hidalgo. « Les écolos veulent plus
de logements sociaux, mais refu-
sent l’étalement urbain et la densifi-
cation de la ville, cherchez l’erreur !,
s’exclame Jean-Louis Missika, l’ad-
joint à l’urbanisme. De même
qu’on ne peut pas rééquilibrer l’em-
ploi à Paris comme ils le souhaitent
sans créer des bureaux dans les
quartiers de l’Est. » De beaux dé-
bats en perspective quand la cam-
pagne aura vraiment débuté.p
denis cosnard

A Angers, la voie est libre pour Christophe Béchu

Le maire, ex-LR et proche de Macron, devrait tirer profit du désistement de Matthieu Orphelin, sur qui comptait la gauche

angers - correspondant

I


l a le sourire. Assis à une ter-
rasse de l’allée Jeanne-d’Arc,
une artère bourgeoise située
dans l’axe de l’hôtel de ville – un
chantier emblématique de son
premier mandat –, Christophe Bé-
chu a tombé la veste et savoure un
verre de savennières, un chenin
blanc qui s’épanouit sur les co-
teaux de la Loire. Les vacances du
maire d’Angers s’annoncent plus
détendues qu’il ne le craignait ini-
tialement : en ce 16 juillet, le dé-
puté de Maine-et-Loire Matthieu
Orphelin (ex-La République en
marche) vient d’annoncer qu’il ne
serait pas candidat aux municipa-
les de 2020. Déconfite, la gauche
comptait sur l’ex-bras droit de Ni-
colas Hulot pour rassembler ses
forces dans cette ville de 155 000
habitants ; elle devra faire sans lui.
La voie est donc dégagée pour
Christophe Béchu, qui se trouve
devant une équation politique
très favorable, à huit mois des mu-
nicipales. Le maire d’Angers, qui
s’emploie depuis le début du quin-
quennat à cultiver d’excellentes
relations avec Emmanuel Macron
et Edouard Philippe – ex-« Juppé
boy » comme lui –, a multiplié les
gages de macroncompatibilité :
après avoir quitté le navire Les Ré-
publicains fin 2017, répété à toutes

occasions qu’il souhaitait « la réus-
site du gouvernement et du prési-
dent de la République » , soutenu la
liste Renaissance de Nathalie Loi-
seau aux européennes, il vient de
fédérer 72 maires de villes moyen-
nes, issus des rangs de la droite et
du centre, qui ont signé en juin
une tribune de soutien à l’exécutif
dans Le Journal du dimanche.

Amicale macroniste
M. Béchu a prévu de réunir ces
élus fin août à Angers – ils seraient
désormais une centaine au sein
de cette « République des maires
et des élus locaux » – pour jeter les
bases d’une association et voir ce
qu’il pourrait advenir de cette
amicale macroniste. « Nous sou-
haitons valoriser et transmettre ce
qui a fonctionné dans nos villes,
sur nos territoires, ce que nos conci-
toyens ont adopté et qui bénéficie
au plus grand nombre. Pas à un
camp, mais à tous. Le temps n’est
plus aux querelles de chapelle ou
aux écuries présidentielles » , expli-
quait-il début juin au Monde.
Plusieurs fois pressenti pour un
poste de ministre, le maire d’An-
gers a toutefois dû se contenter
d’un lot de consolation, en fé-
vrier 2018, avec sa nomination à
la tête de l’Agence de financement
des infrastructures de transport
de France (AFITF).

Christophe Béchu veut croire
aussi que son bilan à Angers, porté
par une économie revigorée, sera
l’un de ses meilleurs arguments
pour la bataille électorale qui s’an-
nonce. En 2018, six grandes entre-
prises (Giphar, Leroy Merlin, Ac-
tion, Verisure, Coriolis et Gamm
vert) ont choisi de poser leurs car-
tons dans l’agglomération ange-
vine, avec la promesse d’y créer
1 600 emplois d’ici à 2024.
Sans augmenter les taux d’im-
position, le maire a aussi lancé une
série de chantiers : rénovation du
centre des congrès, construction
d’une nouvelle patinoire, agran-
dissement de l’espace piétonnier
au-dessus des voies des berges, le
long de la Maine. Et s’il s’est dédit
de sa promesse de campagne en
reportant le chantier de la seconde
ligne de tramway au mandat sui-

vant, les premiers rails ont été po-
sés et un pont a été jeté au-dessus
de la rivière. Angers a aussi lancé
un concours d’idées baptisé « Ima-
gine Angers ». Le résultat a dé-
passé les espérances du maire avec
des projets immobiliers futuristes
et innovants. Même si, pour
l’heure, les gagnants n’en sont
qu’au stade de l’instruction des
dossiers.

Talon d’Achille
Silvia Camara-Tombini, élue de
l’opposition et secrétaire de la sec-
tion locale du PS, pointe la part de
logements sociaux, en nette
baisse, au détriment des commu-
nes voisines de l’agglomération,
priées de participer un peu plus à
l’effort collectif, « alors que 80 %
des Angevins peuvent prétendre à
un logement social ».
Selon elle, le social serait le talon
d’Achille du maire sortant. « Ils
ont augmenté les tarifs de la can-
tine, des centres de loisirs, des gar-
deries... Et ils ne proposent rien de
nouveau, rien d’innovant, alors
que la pauvreté s’installe de plus
en plus », accuse l’élue.
Les critiques de l’opposition, qui
a perdu la ville en 2014 après tren-
te-sept années de règne, portent
également sur l’environnement.
Le long de la future ligne de tram-
way, des arbres ont été coupés et

ne seront pas replantés avant 2022.
La ville a beaucoup misé sur les ob-
jets connectés, un peu moins sur le
développement durable. Cons-
cient de cette faille, le maire a pro-
mis, lors de ses vœux de janvier, de
planter 100 000 arbres dans les
cinq ans venir.
Alors que les Verts ont totalisé
près de 19 % aux européennes,
chaque camp a bien compris la né-
cessité d’investir massivement sur
les thématiques écologiques. Le
secrétaire départemental d’EELV,
Romain Laveau, en convient : « On
va mettre des projets sur la table et
s’il y a des choses sur lesquelles on
se retrouve, on discutera. Mais on
sera fermes sur nos ambitions. »
Chez LR, nul n’imagine mettre
des bâtons dans les roues du
maire sortant. Une dizaine de ses
adjoints et conseillers ont tou-
jours leur carte LR. Quant à l’ex-
trême droite, elle n’a pas grand-
chose à espérer dans une ville où
elle n’a jamais réussi à percer.
Pour les responsables du Rassem-
blement national et de Debout la
France, monter une liste s’appa-
rente même à un casse-tête. De
son côté, LRM en est réduite à es-
sayer de négocier des places sur la
liste du maire sortant. C’est dire si
Christophe Béchu est parti l’esprit
tranquille.p
yves tréca-durand

Pour les
responsables du
Rassemblement
national et de
Debout la France,
monter une liste
s’apparente
à un casse-tête

David
Belliard,
qui mènera
la liste
écologiste
aux élections
municipales,
à Paris,
le 1er juin.
BRUNO LEVY

« Nous ne voulons
plus être des
aiguillons ou des
supplétifs. Paris
doit devenir une
vraie ville écolo »
DAVID BELLIARD
candidat EELV à Paris

P O L I C E
Mort de Steve : l’IGPN
défend son enquête
administrative
« On ne dit pas “circulez, il n’y
a rien à voir !” » , se défend,
dans un entretien à Libéra-
tion , la directrice de l’Inspec-
tion générale de la police na-
tionale (IGPN), Brigitte Jullien,
face aux critiques sur la trans-
parence des autorités dans
la mort de Steve Maia Caniço
à Nantes, dans la nuit du 21 au
22 juin. « Nous n’avons jamais
eu la volonté de blanchir qui
que ce soit » , déclare le chef de
l’unité de coordination des
enquêtes de l’IGPN, David
Chantreux. « On ne dit pas
qu’il n’y a aucune possibilité
qu’il y ait un lien entre la chute
de Steve et l’intervention de
police » , poursuit-il.

F A I T S D I V E R S
Un jeune de 17 ans
abattu à Marseille
Un homme de 17 ans a été tué
par balles, dimanche 4 août,
au soir dans les quartiers
nord de Marseille, sur une
place du 15e arrondissement
connue pour abriter un trafic
de stupéfiants, a-t-on appris
auprès des pompiers.
Ces derniers ont tenté de
ranimer le jeune homme,
en arrêt cardio-respiratoire
à leur arrivée. Cinq hommes
sont décédés depuis le début
de l’année dans des règle-
ments de compte liés au tra-
fic de drogue dans la région
marseillaise. – (AFP.)
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