MondeLe - 2019-08-06

(Axel Boer) #1
MARDI 6 AOÛT 2019 économie & entreprise| 9

Les propriétaires se rebiffent

contre les sites de location saisonnière

Devenues incontournables sur le marché, les plates-formes imposent leurs règles

Q

uelques géants de l’Inter-
net se disputent le mar-
ché lucratif de la location
de vacances. Airbnb,
pour qui la France est, après les
Etats-Unis, la plus vaste « commu-
nauté », avec 600 000 annonces, a
bousculé le secteur et impose son
modèle. Il est notamment copié
par Abritel (Homeaway, Homeli-
days...) qui, après son rachat,
en 2016, par le géant américain du
voyage Expedia pour 3,9 milliards
de dollars (3,5 milliards d’euros), a
aligné ses pratiques. Il ne se con-
tente plus de passer les annonces
de propriétaires moyennant un
abonnement mais perçoit des
commissions en pourcentage
auprès des propriétaires comme
des locataires et, à l’instar d’Air-
bnb, utilise d’impénétrables algo-
rithmes qui font valser les tarifs et
les annonces des premiers rangs
tant enviés.
Booking, connu pour la réserva-
tion hôtelière, s’est aussi mis sur le
créneau et 20 % de son chiffre d’af-
faires (en 2018) provient de la loca-
tion courte durée. Le site de petites
annonces Leboncoin a racheté Lo-
casun, en juin, se hissant, selon lui,
au rang de numéro deux du sec-
teur, et pratique à son tour la com-
mission sur paiement.

Algorithme « confidentiel »
Maintenant que ces grands ac-
teurs ont réussi à devenir incon-
tournables, auraient-ils une ten-
dance à abuser de leur puissance?
« Jusqu’en 2016, ils étaient aimables
et aux petits soins avec les proprié-
taires. Aujourd’hui, ce sont des ma-
chines de guerre très directives et
intrusives » , accuse Pierre Tellep,
fondateur du site Eldorado-immo-
bilier.com, qui fédère 2 000 « pro-
priétaires qui se bougent » et à qui il
dispense ses conseils. « Ils mettent
les propriétaires sous la pression
croisée des commentaires et de dé-
lais de plus en plus courts, pour-
suit-il. Ils leur imposent des frais de

service et des commissions tou-
jours plus chères – 15 % en moyenne
pour Airbnb, dont 3 % à la charge
du propriétaire, 17 % à 30 % pour
Booking... –, leur dictent leur con-
duite, les incitant lourdement à, par
exemple, autoriser la réservation
instantanée – obligatoire chez Boo-
king – qui ne permet aucun
échange préalable avec le locataire
ni un éventuel refus... Leurs métho-
des sont, en outre, opaques et chan-
gent sans arrêt. »
Interrogé sur ce point, Airbnb
renvoie à son site Internet, qui
confirme : « L’algorithme de clas-
sement des annonces (...) tient
compte de près de cent facteurs
différents pour chaque recherche.
(...) La liste exacte des facteurs pris
en compte reste confidentielle. »
Pierre Tellep, par ailleurs ingé-
nieur féru d’informatique, est
propriétaire de quatre maisons à
louer, dans la vallée du Rhône :
« J’avais, une fois, accueilli des lo-
cataires très peu soigneux qui
avaient laissé les lieux en mauvais
état. Je les ai, bien sûr, signalés sur
le site Booking et ils ont, en repré-
sailles, laissé un mauvais com-
mentaire sur l’appartement, fai-
sant baisser ma note et mon clas-
sement. » Une enseignante, pro-
priétaire d’une maison dans les
Landes, témoigne : « Je tiens beau-
coup à cette maison et la loue sur
Abritel et Leboncoin pour la faire
vivre. Mais ce n’est pas un hôtel et
je veux, au préalable, échanger

avec les locataires. Ces sites m’en
empêchent. »
Les plates-formes ont, en effet,
tout intérêt à ce que les contrats
soient conclus le plus vite possi-
ble, sans risquer que propriétaire
et locataire s’entendent directe-
ment mais aussi parce qu’elles em-
pochent immédiatement arrhes
et commissions qu’elles ne verse-
ront au propriétaire qu’en fin de
location, voire, comme Booking,
un mois plus tard.
Ces sites sont donc vécus par un
nombre grandissant de proprié-
taires comme abusant de leur hé-
gémonie. Une enseignante de
Nantes, propriétaire d’une maison
de plage à Saint-Brevin-les-Pins
(Loire-Atlantique), se souvient :
« J’ai eu, une seule fois, le malheur
de refuser un locataire car la mai-
son ne convenait manifestement
pas pour ses enfants en bas âge.
Airbnb m’a sanctionnée en retirant
plusieurs jours d’affilée mon an-
nonce du site. Ils ne font rien, n’in-
vestissent rien, ne prennent aucun
risque mais augmentent sans cesse
leur commission... » , soupire-t-elle.
Face au maquis des tarifs et des
frais, la Commission européenne
a, le 15 juillet, contraint Airbnb à les
intégrer dans le prix de nuitée affi-
ché et, constatant des clauses abu-
sives dans ses contrats, à les corri-
ger d’ici fin août.

Clauses abusives
Benoît Vrancken loue, depuis
quinze ans, sa villa Men Er Bellec
à La Trinité-dur-Mer (Morbihan)
et a, lui, pris le taureau par les cor-
nes en fondant, en 2017, l’associa-
tion Locations de vacances entre
particuliers (LVP), qui compte
déjà 2 000 membres mais n’offre
évidemment pas la même visibi-
lité qu’un site international : « Je
donne quelques trucs, comme
créer un site personnel et attribuer,
dans les annonces sur les grandes
plates-formes, un nom à sa pro-
priété pour que les candidats loca-

taires astucieux aient l’idée de
nous contacter directement. »
Les anciens du secteur, comme
Gîtes de France, qui ont, en 2018,
assuré 3,8 millions de nuitées, font
aussi de la résistance : ici, pas d’al-
gorithme abscons pour cacher la
politique tarifaire ou brouiller la
visibilité des propriétaires non ali-
gnés : « car nous sommes une asso-
ciation et notre seul but est que nos
42 000 propriétaires de gîtes soient
contents et gagnent de l’argent
tout en répondant à la demande
des vacanciers, de plus en plus exi-
geants » , explique Sylvie Pellegrin,
directrice générale de Gîtes de
France. De particulier à particulier
(Pap.fr) réalise, lui aussi, 25 000 lo-
cations de vacances par an sur le
modèle du simple site d’annonces
payantes, de 89 à 129 euros, tout
compris : « Sans beaucoup de pu-
blicité, nous voyons arriver chez
nous les propriétaires déçus par les
sites dominants, au rythme de 15 %
à 20 % de plus chaque année » , ex-
plique Corinne Jolly, directrice gé-
nérale de PAP.
Les propriétaires pointent aussi
l’irresponsabilité de sites comme
Airbnb, Abritel ou Leboncoin, face
aux fausses annonces copiées-col-
lées d’authentiques, se faisant pas-
ser pour officielles mais conte-
nant des liens trompeurs qui ren-
voient au compte bancaire de cy-
bercriminels. La menace est si
forte que l’association UFC-Que
choisir a publié, le 24 juillet, une
alerte à la tentative d’escroquerie
sur le site Abritel, faisant état de
28 victimes ayant déjà perdu, cha-
cune, entre 2 800 et 8 400 euros,
qu’Abritel refuse d’indemniser au
motif que la transaction a eu lieu
hors de son site. Le 26 juin 2018,
deux faussaires ont été condam-
nés, à Saint-Nazaire (Loire-Atlanti-
que), pour avoir ainsi trompé
70 victimes depuis le site Lebon-
coin, absent de cette procédure
menée par les seules victimes.p
isabelle rey-lefebvre

« [LES GRANDS SITES]

METTENT

LES LOUEURS

SOUS LA PRESSION

DES COMMENTAIRES »
PIERRE TELLEP
fondateur du site
Eldorado-immobilier.com

Airbnb rechigne à retirer les HLM de ses annonces

A Paris, 882 logements sociaux seraient illégalement proposés à la location saisonnière

L


uxueux appartement de
95 m^2 , deux chambres, sa-
lon, cuisine américaine, log-
gia de 15 m^2 , à 12 minutes à pied de
Roland Garros » : voilà l’annonce
postée, en juin, par Mme S, sur le
site Airbnb. Elle propose cet ap-
partement situé boulevard Su-
chet, en bordure du bois de Boulo-
gne, dans le 16e arrondissement,
contre 225 euros la nuit, mais il
s’agit, comme l’a révélé Le Pari-
sien dans son édition du 22 juillet,
d’un logement social attribué à
Mme S. en 2016, pour lequel elle
honore un loyer mensuel de
950 euros et qu’elle a donc inter-
diction absolue de sous-louer.
Son propriétaire, Paris Habitat,
a découvert la situation dans la

presse et immédiatement engagé
une procédure en résiliation du
bail. « C’est notre seul moyen de ri-
poste , explique Stéphane Bettiol,
directeur adjoint de Paris Habitat,
et nous avons une vingtaine de
procédures de ce type en cours.
Nous nous intéressons d’ailleurs
désormais de près à la localisation
des appartements affichés sur le
site Airbnb bien que, depuis 2017,
leur géolocalisation soit intention-
nellement moins précise pour
nous compliquer la tâche. » Air-
bnb de son côté a mis plus d’une
semaine à retirer cette annonce
de sa plate-forme.
Le nombre de logements so-
ciaux illégalement proposés à la
location saisonnière à Paris sur le

seul site Airbnb serait de 882. « Ce
sont, en général, les gardiens d’im-
meubles qui nous alertent sur les
allées et venues de touristes avec
leurs valises à roulettes , raconte
M. Bettiol, mais il est sans doute
temps de passer à la vitesse supé-
rieure et de faire appel aux don-
nées numériques. »

Activité purement commerciale
Le site Insideairbnb.com, créé par
le chercheur américain Murray
Cox, aspire ainsi régulièrement
toutes les données du site Airbnb
et met à la disposition du grand
public des informations complè-
tes sur, en France, son activité à
Paris, Lyon et Bordeaux. On peut y
trouver non seulement les adres-

ses exactes des lieux, leur taux
d’occupation, mais aussi le nom-
bre de logements d’un même pro-
priétaire, parfois plusieurs dizai-
nes trahissant une activité pure-
ment commerciale.
Sollicitée, la société Airbnb
France répond, par mail : « Nous
faisons preuve d’une tolérance
zéro pour les activités de sous-lo-
cation de logements sociaux et
nous travaillons avec les bailleurs
sociaux parisiens pour supprimer
de telles annonces à chaque fois
qu’ils nous les signalent » , ce qui
revient à admettre qu’elle ne véri-
fie pas, en amont, le statut du lo-
gement ni qui est son véritable
propriétaire.p
i. r.-l.

ves, avec au programme festivals, balades
à vélo ou visites de fromagerie. « Nous ex-
périmentons cette année un passe donnant
accès à une trentaine de sites, grottes, mu-
sée ou château. Cela démarre très bien. Les
touristes sont friands de découvertes et en
profitent à fond , témoigne Nicolas Martin,
directeur de l’Office de tourisme Pays bas-
que, le prochain défi sera d’y ajouter les
transports en commun car, pour des rai-
sons économiques et écologiques, les gens
ne veulent plus prendre leur voiture ». A
Biarritz, entre le 24 et le 26 août, il vaudra
mieux rester piéton, pour cause de G7.p
isabelle chaperon

Situé sur le CampusLyonTech - La Doua, l’INSALy on est l’une des plus
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en 1957, avec une forte ambition d’ouverture sociale, l’INSALyon diplôme
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Lyon est également, avec plus de 700 enseignants-chercheurs qui
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tion initiale et continue et vous confortez la
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INSA VALOR. Vo us poursuivez également la
politique de développement à l’internatio-
nal et les relations avec les milieux écono-
miques avec le soutien de la Fondation
INSA.Vous accompagnez la démarche
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des relations et alliances avec les parte-
naires universitaires et les organismes de
recherche tant au niveau local, national
qu’international.
En coordination avec l’équipe de direction,
vous dirigez un établissement de plus de
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budget annuel consolidé de 150 M€.

Ce poste, basé à Villeurbanne, est ouvert
aux candidats de profil académique ou
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Le dossier, comportant un curriculum
vitae et un projet stratégique, devr a
être transmisavant le 23 août 2019 par
mail à dgs@insa-lyon.fr et par voie
postale à: INSA Direction, 37 avenue
Jean Capelle, 69621 Villeurbanne cedex.
Le poste de direction est choisi conformé-
ment aux dispositions de l’article L. 715-
du code de l’éducation. Les candidats
devront adresser une copie de leur dossier
au Ministère de l’enseignement supérieur,
de la recherche et de l’innovation, Direc-
tion générale de l’enseignement supérieur
et de l’insertion professionnelle, Service de
la stratégie des formations et de la vie
étudiante, Sous-direction des formations
et de l’insertion professionnelle, Départe-
ment des écoles supérieures et de l’ensei-
gnement supérieur privé, 1 rue Descartes,
75231 Paris cedex 05

Plus d’informations sur http://www.insa-lyon.fr


*Dans un souci d’alléger le texte et sans aucune discrimination de genre, l’emploi du
genre masculin est utilisé à titre épicène.

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