Rock et Folk N°625 – Septembre 2019

(Darren Dugan) #1
Bruno la brocante
Salut Rock&Folk, lecteur plus ou moins
régulier depuis plus de quarante ans,
je fais encore des découvertes en
lisant vos articles ou vos chroniques
de disques. Aujourd’hui, jour de
chance, brocante à Périgueux, ça fait
longtemps que je désespère de trouver
quelque chose de valable aussi bien en
33 tours que pour les revues. Eh bien,
en ce dernier jour de juin, coup de bol,
mon fils Matéo fouine dans une caisse,
il m’appelle : “Eh Pa, viens voir”et
là... il vient de me trouver un R&F de
1976 (il a treize ans mais il connaît,
il y en a toujours un qui traîne aux
toilettes)! Je l’écarte d’entrée, je
le mets au chaud pour l’hiver et je
continue mes fouilles, j’en trouve
six de plus, des numéros de 1978,
1979, 1980... J’y crois à peine (les
sept en bon état !), j’en avais déjà,
mais pas plus vieux que 1980. Avec
des trémolos dans la voix je m’adresse
au vendeur pensant qu’il va me mettre
un coup de fusil, eh ben non! Il me les
fait à deux euros pièce, je paye, je les
mets sous le bras comme un voleur et
je me sauve croyant que le vendeur
va me dire de revenir pour réévaluer
le prix... Je rentre à la maison et,
avec beaucoup de fébrilité, j’ouvre le
premier... Août 1976, que du bonheur!
Ce numéro est celui de mes dix ans
(mois et année). Je le feuillette en
prenant mon temps. Mes fils sont
heureux de me voir dans cet état.
J’ai terminé, je n’écris jamais.
Si par miracle je devais être publié
pouvez-vous me le faire savoir?
En vous remerciant d’avance.
BRUNO

Le voilà, Perrett
Avez-vous écouté “Humanworld”,
le dernier Peter Perrett? Ah putain...
ça fait du bien de temps en temps de
se prendre une petite claquounette
rock qui donne la pêche!
Depuis “Chasing Yersterday”
de Noel Gallagher il y a quatre ans,
ça se faisait attendre. Ça sert
à ça Rock&Folk, nous filer
notre frisson rock...
PATRICE

Vies de bluesmen
Qu’est-ce qui ressemble plus à la vie
d’un bluesman... que celle d’un autre
bluesman? Toujours la même histoire.
Date de naissance incertaine, un père
qu’il connaît parfois, mais l’ascendance
du bluesman reste moins fiable
que celle d’un né sous X, et garde
l’avantage de ne jamais le faire hériter
un jour du pactole d’un fils de GAFA.
Très jeune inscrit à l’école de la lose,
celle qui simplifie l’orientation.
Cherchez pas, aucun blues, sur les
ratés de Parcoursup... Plutôt à fuir
le coton le bluesman, et très vite le
voyage, en mode BlaBlaTrain. Sur
la route encore, là où pactiser avec
le diable au carrefour était plus
fréquent que sympathiser avec un
gilet jaune au giratoire. Les femmes
aussi, au juke joint en mode collé-
chipé. Assez peu Meetic et profils
compatibles, le bluesman. Toujours
à écrire des chansons, un succès
parfois, mais qui souvent aidera
quelqu’un d’autre à béqueter. Deezer
avant l’heure. De la reconnaissance
enfin pour le bluesman, mais bien
à la fin, et de préférence après la
mort. Toujours la même histoire.
Et pourtant... Merci Christian pour
tous ces Beano Blues, mêmes
histoires de bluesmen que j’ai dévorées
sans jamais lire la même histoire.
FRANCOIS D’AVIGNON

A méditer
Brian Jones, Dr John, Hendrix...
Est-ce que sans les morts, les anciens
et les nouveaux, il y aurait moins
à dire dans le monde du rock?
SAM

Avenir de metal
Aux gars de Slade mes initiateurs et à
nos morts célèbres ou anonymes bien
sûr, à Johan Asherton the best of the
Froggies... the problem is you !Oui
c’est sur vous que je pointe ce doigt
accusateur, journalistes qui cautionnez
la démarche de toutes ces vieilles
gloires qui s’accrochent à leur statut,
s’obstinent les crocs limés à remonter
sur le ring défendre leur titre alors qu’ils
ne font que disputer un énième combat
de trop (je suis en train de me faire des
amis, là). MTVisés, marketés, propres
sur eux traversant dans les clous, en un
gros mot respectables, ces ex-trublions
ont troqué depuis belle lurette leur
amour de l’art pour des considérations
plus sonnantes et trébuchantes mais
peut-être que vous aussi après tout,
ils n’assurent dorénavant qu’une visite
guidée et sans magie de leur répertoire,
commettant des disques ou délivrant
des tours de chant à peine moins
inoffensifs que ceux de nos artistes
de variété. Ce que vous ne pardonniez
pas jadis à Elvis semble désormais
admis par tous alors que cette attitude
précipite effectivement le rock aux
oubliettes. S’il est un domaine où
l’expression place aux jeunesprend
tout son sens, c’est bien le nôtre où
il faut savoir raccrocher les gants le
moment venu. Maintenant, au lieu
de disserter gravement sur le devenir
de la chose que nous chérissons tous
et s’extasier sur les vertus passées
du Detroit sound en nous proposant
à l’occasion de simples resucées,
vous seriez mieux avisés d’aller quérir
votre dose d’énergie malsaine dans,
pour résumer, le metal extrême où se
trouvent les Stooges d’aujourd’hui et
à la puissance dix encore! Tout ce qui
fait la force et la grandeur du rock’n’roll
est là : l’implication, la pertinence,
l’esthétique, l’urgence et surtout cette
volonté d’être hors-norme, en réaction,
d’avoir ce côté larger than life.Et si
ce style a tant mauvaise réputation,
ce qui de notre point de vue est une
bonne chose, c’est qu’il n’est pas
encore sous contrôle, effrayant autant
l’establishment que le music business,
comme le punk rock a pu le faire en
son temps. Alors, de grâce, cessez
cet ostracisme incompréhensible,
rendez compte de ces messes noires
qui se donnent dans toute l’Europe,
interviewez leurs acteurs, les seuls à
essayer encore de secouer le cocotier
du conformisme, à vouloir dégraisser
le mammouth comme disait l’autre,
chroniquez leurs œuvres majestueuses
et excitantes et ne contribuez plus
à faire du rock une musique morte,
c’est un quasi sexagénaire qui vous
le demande lui qui observe à présent
du banc de touche, mais la passion
intacte, comment se défend la relève
du Blue Öyster Cult qui naguère
pratiquait le metal intelligent et avait les
faveurs de ce journal. La lutte continue,
elle n’a jamais cessé, metalliquement
vôtre! And don’t forget : rock’n’roll
is bad music for bad people...
ERIC RAMONE

Grys-Grys
sans nuances
Oui, la France possède un jeune
groupe talentueux! Déjà, le
vestimentaire interpelle! Et ces
visages! Et sur scène! Et... une
foulitude de noms ravive notre
mémoire, et visite le dictionnaire du
rock! Arriver à 64 balais et s’imbiber
de leur élixir, c’est tout simplement
une cure de jeunesse et de jouvence.
Si! Ces gars-là, ils surgissent d’un
chaudron mijoté au garage! Et que
ça fait du bien! Ce n’est pas réchauffé,
c’est frais, consistant, mûri à cœur et
à cris! Leur rock, c’est blanc, c’est
noir, c’est Grys-Grys! L’année 2019,
grâce à eux, allie la promesse
d’une bonne nouvelle, et celle de
l’espoir comblé! J’éviterai le déluge
d’influences et l’énumération de
leurs aînés : alors, ouvrez grand vos
oreilles, vos yeux, et ces Grys-Grys-là
porteront chance. Merci et bravo
les amis. Longue et belle vie!
DIDIER TAILLEUR

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008 R&FSEPTEMBRE 2019

Et si ce style a tant mauvaise réputation,


c’est qu’il n’est pas encore sous contrôle


Félin
Ami de la banane et des creepers,
merci pour cet article sur les Cats.
Pour la discographie, je trouve
regrettable que vous ne citiez pas
l’album country rock nommé “Rock
Therapy”, non distribué officiellement
au pays de leur copain Johnny.
La chanson “Broken Man” vaut
son pesant de mou pour chat.
Miaou.
JAY

Le dernier
romantisme
Quand on lit la chronique de Bertrand
Burgalat, quelque chose pousse à se
dire que le rock est finalement le
dernier attribut romantique qui soit.
Une évidence, oui. Qui tombe sous le
sens. Extraits. “Et puis Sean O’Hagan
a chanté ‘Apricots’ et ‘Cookie Bay’,
et nous avons pleuré”. “Alain Delon.
Un début d’après-midi de 1983,
je l’ai aperçu en bas de chez mes
parents. Il était seul dans la rue
déserte, blazer, cravate tricot,
pantalon de flanelle, lunettes noires.
Il pleurait”. Et le 20èmesiècle est ce
moment où l’efficience, la rentabilité-
reine le foudroie, comme elle foudroie
toute forme de séduction entre les
êtres quitte à appauvrir la syntaxe,
le langage, l’étendue du champ
harmonique (“Il est certain que vous
auriez eu beaucoup plus de tubes si
vous aviez simplement supprimé tous
ces accords mineurs et de septième”
a dit un programmateur de la BBC
à Elvis Costello. Ce à quoi ce dernier
répondit : “Sans doute aurais-je eu
un succès encore plus retentissant
si j’avais tout bonnement purgé mes
compositions de l’ensemble de leurs
notes, ainsi que de la plupart de leurs
paroles”. Eh, eh... La rentabilité-reine,
alors. Quitte à appauvrir la diversité
des formes d’expression. Ah ouais?
“Si tu veux faire de l’argent, va à la
banque, ne fais pas de la mauvaise
musique”, aurait péroré, en réaction
à ça, Anton Newcombe... Ce gars-là
est manifestement de notre côté.
“Connexion, réseaux, buzz, c’est
un langage de centrale électrique,
ce n’est pas un langage sensuel, on est
des relais, des fusibles de connexion,
ce qui est un peu réducteur”, rapportait
Bertrand Burgalat, via Jean-Baptiste
Mondino, dans sa chronique. Dont
acte! Et le capitalisme... Voilà bien
une affaire où l’on fait l’économie
des autres. Où, simplement,
s’impliquer émotionnellement signifie
s’affaiblir. Et, donc, où être musical
est, de fait, totalement rédhibitoire.
RUDY RIODDES

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