ELLE.FR 109
VOUS AVEZ ENVIE DE RACONTER VOTRE HISTOIRE? NOS JOURNALISTES PEUVENT RECUEILLIR
VOTRE TÉMOIGNAGE. ÉCRIVEZ- NOUS À CMH@CMIMEDIA .FR2 AOÛT 2019
Et l’histoire pourrait s’arrêter là. Mais parfois elles prennent une drôle
de tournure, les histoires. Le 31 décembre 1987, je croise Sophie par
hasard à Paris. Elle est perdue, cherche son chemin. Revoir ses yeux,
c’est retrouver l’été. En liesse, nous décidons de passer le nouvel an
ensemble. Au menu, pétillant, boî tes de conser ve et galet tes avec deux
couronnes. Plus tard, nous marchons dans les rues, dansons avec les
passants. Avec les mois, puis les années, elle s’ancre en nous. Elle
devient mon amie, ma presque sœur. Dans mes albums de famille, on
la voit partout et à tous les âges. Elle est sur les photos de naissance de
mes enfants, anniversaires, voyages, soirées. Je suis la marraine de sa
fille. Sophie et mon frère ne se sont jamais mariés ni ensemble, ni avec
quelqu’un d’autre. Ils ont fait leur vie comme on dit. Ils se sont retrouvés
et se retrouvent encore chez moi quand on célèbre un événement. Les
lendemains de fête, il m’arrive de les découvrir derrière une porte, dor-
mant dans le même lit. Ils se rejoignent dans la nuit comme deux ado-
lescents qui retournent faire un tour du côté des vacances.
Valérie Perrin est l’auteure de « Changer l’eau des fleurs » (éd. Albin Michel),
qui sera publié dans dix pays, dont les Ètats-Unis, en 2020.récupère dans le centre-ville, la dépose chez elle et le ramène à la
maison. Je suis la mauvaise fée de service. Celle qui rompt la magie.
Dans la voiture, une cassette qui nous accorde, où l’on se rejoint mon
frère et moi qui n’avons pas les mêmes goûts musicaux, « With or
Without You », de U2, le volume poussé à fond.LARMES, HASARD ET BELLE AMITIƒ
Les jours s’enchaînent. Les heures ne passent pas moins vite parce
qu’elles sont en vacances. Mon frère s’empêche de penser qu’après
l’été on change de saison, de vêtements, de passions. Il repartira à
Sochaux, elle, à Honfleur. À l’opposé. Et c’est leur dernier soir. Il vient
de lui dire au revoir quand tous deux pressentent que c’est un adieu.
Elle a pleuré dans ses bras, lui pas. Il monte dans ma voiture comme
absent de lui - même. Nous roulons quelques mètres et il éclate en san-
glots. Je garde le silence. Ou alors, le rassure. Je ne me souviens plus.
Ai-je dit des mots du genre : « Vous-vous-reverrez-c’est-sûr-tout-est-pos-
sible »? Et les nouvelles s’espacent. Finissent par disparaître. Mon frère
rencontre une autre Colombine et Sophie un nouveau Pierrot.