Les Echos - 18.10.2019

(Grace) #1

20 // ENTREPRISES Vendredi 18 et samedi 19 octobre 2019 Les Echos


Véronique Le Billon
@VLeBillon
—Bureau de New York

En 1975, quand General Mills a lancé
sa barre de céréales Nature Valley, il
signait l’irruption d’un grand de l’ali-
mentation sur une tendance à peine
émergente. Presque un demi-siècle
plus tard, les barres de céréales du
groupe, né dans les moulins à farine
du Minnesota, existent toujours.
Mais elles se font durement concur-
rencer par des produits plus
« bruts », qui collent davantage aux
goûts de consommateurs en quête
de produits naturels (Kind, Perfect
Bar, One...).
« Aux Etats-Unis, nous n’avons pas
été assez bons dans l’innovation et
dans l’exécution », reconnaissait cet
été sur CNBC le patron du groupe,
Jeff Harmening. C’est un peu l’his-
toire de General Mills et d’un bon
nombre de géants du secteur ali-
mentaire : après avoir conquis un
large public et modelé les habitudes
alimentaires de millions de consom-
mateurs, l’entreprise peine à devan-
cer les nouvelles tendances de mar-

ché et se fait déborder par de
nouveaux entrants. Le groupe, qui
avait acheté cher 51 % de Yoplait en
2011, voit aussi maintenant le mar-
ché du yaourt décliner aux Etats-
Unis.
Avec son slogan « faire la nourri-
ture que les gens aiment » et sa pré-
sence dans la grande distribution
(Walmart représente 20 % de ses
ventes mondiales), General Mills,
qui réalise les trois quarts de son
chiffre d’affaires aux Etats-Unis, pri-
vilégie encore plus la nourriture
« plaisir » que les enjeux de santé.

Nourriture pour chiens
La dernière barre qu’il vient de lan-
cer est au beurre de cacahuète, et
ses nouvelles céréales Cheerios aux
myrtilles incorporent de la purée de
myrtilles, pas des fruits entiers. Le
groupe a d’ailleurs dû retirer la
mention « 100 % naturel » sur ses
barres de céréales, sous la pression
d’associations de consommateurs
ayant relevé la présence de résidus
de glyphosate. Tombé dans l’escar-
celle de General Mills il y a près de
vingt ans lors de la fusion avec Pills-
bury, Häagen-Dazs est exploité par
Nestlé aux Etats-Unis et au Canada,
et fait l’objet d’une autre coentre-
prise au Japon.
Sur son exercice clos fin mai, le
chiffre d’affaires du groupe s’est

élevé à 16,9 milliards de dollars, sta-
ble à taux de change et périmètre
constant. La hausse de 7 % en don-
nées publiées n’a été réalisée que
grâce à l’acquisition de la marque
de nourriture pour chiens Blue Buf-
falo, pour quelque 8 milliards de dol-
lars. « La tendance de fond est à
l’humanisation : les gens veulent
nourrir leurs animaux de compagnie
comme ils nourrissent les autres
membres de la famille », estime le
groupe. Il reconnaît toutefois que les
défis sont nombreux pour un nouvel
entrant sur ce marché.
Mi-septembre, le groupe de
40.000 salariés a publié de nou-
veaux chiffres décevants pour le
premier trimestre de son exercice
décalé. Ses ventes ont cédé 2 %, à
4 milliards de dollars. Grâce à des
efforts s ur les coûts, le profit opéra-
tionnel ajusté a en revanche crû de
6 %, à 682 millions. De quoi rassu-
rer les investisseurs : le cours de
General Mills a grimpé de près de
30 % depuis le début de l’année.
Mais il reste d’un quart inférieur au
niveau atteint il y a trois ans. Le
groupe s’enorgueillit d’avoir versé
des dividendes sans interruption
depuis cent vingt ans, vise une
croissance organique de 1 à 2 % sur
l’exercice en cours, et une hausse
de son profit opérationnel ajusté
de 2 à 4 %.n

Le géant de l’alimentation américain


peine à réformer son modèle


Au premier trimestre
de son exercice 2019-2020,
les ventes du groupe
ont cédé 2 %, à 4 milliards
de dollars.

s’est effondré. Les scientifiques
britanniques en ont compté
2,6 fois moins. Du coup, les pri-
ses chutent. L’an d ernier, les cha-
lutiers électriques n’ont atteint
que 62 % de leur quota contre
100 % deux ans auparavant. En
revanche, d’autres espèces pros-
pèrent dans ces eaux électri-
fiées, comme les bernard-l’her-
mite. La surreprésentation de
ces crustacés « charognards »
signale la présence en nombre
d’animaux morts.
Cette étude du Cefas, dévoilée
mercredi par le « Journal de
l’environnement » et relayée par
l’ONG Bloom, marque une étape
dans l ’évaluation de cette techni-
que. Elle est en effet la première
à en évaluer les impacts in situ.

Les Français soulagés
Pour autant, la prudence reste
de mise chez ses auteurs. De fait,
l’introduction de cette techni-
que est récente. Sa mise en
œuvre remonte aux années


  1. C’est encore un peu trop t ôt
    pour lui attribuer intégralement
    et de façon définitive cette perte
    de biodiversité. D’autant que
    cette dernière pâtit aussi de la
    pêche au moyen de chaluts tra-
    ditionnels. Ce que ne manquent
    pas de rappeler les profession-
    nels de la pêche hollandais. Plus
    lourds que les chaluts électri-
    ques, ils endommagent les
    fonds marins et envoient plus de
    CO 2 dans les airs, car ils brûlent
    plus de carburant.
    Des arguments balayés par
    les pêcheurs de l’Hexagone, qui
    se sont réjouis de voir le gouver-
    nement français décider, en
    août dernier, d’appliquer l’inter-
    diction définitive prononcée par
    l’UE, sans attendre qu’elle ne
    devienne effective, le 1er juillet

  2. « Ce ne sont pas 84 navires
    [ceux de la flotte « électrique »
    néerlandaise, NDLR] qui vont
    sauver la planète », raille Sté-
    phane Pinto, le vice-président
    du comité des pêches des Hauts-
    de-France. Une région dont
    l’économie maritime a été lour-
    dement impactée par une prati-
    que qui n’a désormais plus cours
    dans ses eaux. « Pendant trois
    ans, notre chiffre d’affaires a
    chuté de 50 à 70 % », rappelle ce
    patron pêcheur.n


Joël Cossardeaux
@JolCossardeaux


C’est un document à charge con-
tre la très controversée pêche
électrique, un de plus. C’est aussi
un camouflet pour les Pays-Bas,
qui, la semaine dernière, ont
saisi la Cour de justice de l’UE
pour attaquer son interdiction
définitive décidée par Bruxelles,
à la veille du printemps. Une
étude du Centre for Environ-
ment, Fisheries and Aquacul-
ture Science (Cefas), l’équivalent
britannique de l’Ifremer, fait le
lien entre cette pratique particu-
lièrement prisée des pêcheurs
hollandais et l’appauvrissement
de la biodiversité marine là où
elle a cours.
A l’issue de leurs campagnes
de pêche-test menées à
l’automne 2018 sur deux zones
du sud de l’Angleterre et présen-
tant les mêmes caractéristiques,
les chercheurs de l’institut ont
constaté une baisse de 57 % du
nombre d’espèces dans celle
exploitée au moyen de cette tech-
nique. Dans l’autre z one,
exempte de pêche électrique, la
baisse de biodiversité observée
est plus de deux fois inférieure.
Les impulsions électriques
envoyées dans les fonds sédi-
mentaires pour capturer plus
facilement les poissons plats
sont ravageuses. Pas moins de
17 espèces benthiques, dont ces
fonds constituent l’habitat, ont
disparu de la zone de pêche
« travaillée » par les chalutiers à
perche électrifiés. Quant aux
soles communes, leur effectif


PÊCHE


Une étude du Cefas
pointe les effets de
la pêche électrique
sur la biodiversité
d’une zone test.


57 % des espèces
y ont disparu
du fait de cette
pratique dont
Bruxelles a pro-
noncé la disparition
définitive cet été.


Un rapport


scientifique enterre


la pêche électrique


AGROALIMENTAIRE


Marie-Josée Cougard
@CougardMarie

« Le yaourt sera notre moteur de
croissance et notre deuxième activité
avec environ 15 % du chiffre d’affai-
res », déclarait aux « Echos » Ken
Powell, le patron de General Mills,
en 2011 juste après avoir pris le
contrôle de Yoplait à 51 % pour
1,2 milliard de dollars. Le yaourt était
alors en plein essor, générant un
chiffre d’affaires de 5 milliards de
dollars sur le seul marché améri-
cain. Et la division produits laitiers
de General Mills affichait une crois-
sance double de celle des céréales
pour le petit déjeuner.
Huit ans après, les résultats ne
sont pas à la hauteur des attentes.
Les ventes de Yoplait sont mal orien-
tées aux Etats-Unis et en France, le
pays dont General Mills voulait faire
son « laboratoire mondial ». En mai
dernier, Jeff Harmening, le patron
de General Mills, constatait que « le
groupe tent[ait] de relancer l’activité
yaourt aux Etats-Unis depuis cinq
ans », faute d’avoir pris le train des
innovations et, surtout, celui du
yaourt grec. Ce segment sur
lequel Chobani a prospéré a provo-
qué une véritable guerre entre les
industriels. Parmi lesquels Danone,
qui s’est démené pour retrouver une
place de choix.

Des ambitions
Yoplait demeure certes une des mar-
ques milliardaires de General Mills
au côté de Nature Valley, Häagen-
Dazs, Cheerios, Old El Paso, Pills-
bury ou encore Blue Buffalo. Mais
General Mills doit trouver les
moyens de la relancer. C’est un des
objectifs présentés récemment par
Jon Nudi, le patron de la région
Amérique du Nord, qui totalise 59 %
du chiffre d ’affaires d e General Mills.
« Les céréales doivent continuer de se
développer, mais en 2020 nous vou-

lGeneral Mills attendait beaucoup des produits laitiers lors de l’acquisition


de 51 % de Yoplait en 2011 pour 1,2 milliard de dollars.


lYoplait devait être le levier de croissance du géant américain. Huit ans après,


le bilan est décevant. Les ventes sont en baisse des deux côtés de l’Atlantique.


General Mills n’a pas encore


réussi son pari avec Yoplait


Les lauréats du championnat d’économies


d’énergie des bâtiments tertiaires


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DEPT YVELINES

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ADEMECORSE

39,4%


MASLOUBIER

70,9%


69,7%
PLACED’A LLERAY

53,1%
LIBOURNE

RÉDUCTIONS DE CO 2


10%à20% d’économiesd’énergie
en moyenne mais aussi...

Lesrésulta ts incroyables dela 4ièmeédition


kWhéconomisés


tonneséq.CO 2


m² impliqués


€économisés


41201101


6231


1894915


6180165


CUBE2020 permet en unan...


lons retrouver de la croissance dans le
secteur des yaourts. Les ventes étaient
encore en baisse en –2 % », à 500 mil-
lions d’euros, en 2019. Yoplait a en
partie redressé la barre. En 2018, les
ventes avaient en effet reculé de –11 %
et de –19 % en 2017. Le groupe
compte en particulier sur plusieurs
innovations comme Yoplait Smoo-
thie et un yaourt sans lactose sous la
marque GoodBelly Probiotics.
Mais l’Europe est aussi source
d’inquiétude à la fois en raison du
Brexit (le Royaume-Uni est le troi-
sième marché de Yoplait) et de la
guerre des prix en France. En trois
ans, Yoplait a perdu plus de quatre
points de part de marché dans
l’Hexagone, passant de 15 % en 2016
à 10,7 % au 6 septembre en 2019
(source Nielsen). « Il faut beaucoup
d’agilité pour s’adapter aux habitu-
des des consommateurs. Et en ce
moment, je peux vous dire que ça

bouge pas mal », a commenté Nico-
las de la Giroday, directeur France
de General Mills Yoplait, à l’occa-
sion du cinquantième anniversaire
de l’usine de Moneteau (Yonne). La
décision a été prise de réduire le
portefeuille de produits et de se
concentrer sur « ce qui marche ».
L’activité e st stratégique pour Gene-
ral Mills, qui réalise 450 millions
d’euros de revenus en France avec
Yoplait, soit la moitié de son chiffre
d’affaires.
Parmi les segments en recul, qui
font l’objet d’un certain désengage-
ment, les yaourts allégés et l’hyper
protéiné Yopa, « plus adapté au mar-
ché américain que français », selon
Nicolas de La Giroday. En revanche,
Yoplait pourrait se mettre au Skyr,
l’hyperprotéiné islandais, commer-
cialisé par Lactalis. Priorité sera
donnée à Perle de Lait, la favorite des
femmes, Yop à boire, la star du

groupe (qui contrôle 55 % du mar-
ché du yaourt à boire) et la gamme
enfant P’tits Filous. La gamme Perle
de Lait s’est enrichie de nouvelles
références, nature à inclusions de

chocolat craquant, une perfor-
mance technologique, les brassés
fruités et les épicés aux fruits, fram-
boise-poivre et mangue-gingembre.
Parallèlement, Yoplait va lancer une
nouvelle marque de yaourts, Les
Laitiers Responsables, qui existe
déjà sur le lait, le beurre e t le fromage
et qui pourrait avoir sa version
« yaourt bio ».n

Le chiffre d’affaires de Yoplait est de 450 millions d’euros en France. C’est la moitié de l’activité
de General Mills dans l’Hexagone. Photo X. Popy/RÉA pour Yoplait

L’ Europe est source
d’inquiétude en
raison du Brexit
et de la guerre
des prix en France.
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