Le Monde - 26.10.2019

(Wang) #1

18 |argent SAMEDI 26 OCTOBRE 2019


0123


FINANCE


Le choix du compte bancaire pour un microentrepreneur


D


ix ans après la création
du statut, on dénombre
aujourd’hui 1,36 million
de microentrepreneurs. Ils repré­
sentent 42 % des travailleurs indé­
pendants (hors secteur agricole),
contre 26 % en 2011. Les formalités
allégées expliquent en partie cet
engouement. Créer sa microstruc­
ture s’effectue gratuitement en li­
gne, il n’y a aucune obligation de
tenue de comptabilité et les coti­
sations sociales ne sont dues que
si l’on réalise un chiffre d’affaires.
Mais, en matière bancaire, quel­
les sont les obligations des mi­
croentrepreneurs? « Depuis 2015,
ils doivent ouvrir un compte de dé­
pôt classique réservé à l’activité de
leur entreprise pour bien différen­
cier leurs transactions personnel­
les et professionnelles, explique
Laure Prenat, directrice de Pano­
rabanques. Néanmoins ceux dont
le chiffre d’affaires est inférieur à
10 000 euros pendant deux an­
nées consécutives peuvent désor­
mais se passer de cette exigence. »
En revanche, les créateurs d’une
société à capital variable (société
à responsabilité limitée...) ont,
eux, l’obligation d’ouvrir un
compte professionnel pour pou­
voir s’immatriculer.
Lorsque l’on crée sa microentre­
prise, détenir un compte consa­
cré à son activité permet d’y voir
plus clair entre ses recettes et
ses dépenses. Pour cela, il suffit
d’ouvrir un compte de dépôt clas­
sique dans sa banque (identique
à celui d’un particulier), même
si certains établissements rechi­

gnent parfois à le faire. Il est inu­
tile de souscrire un compte pro­
fessionnel, qui est très lourde­
ment facturé. « Les banques de ré­
seau y facturent de nombreux
frais incluant, par exemple, la ges­
tion du compte en ligne ou encore
des commissions de 0,05 à 2 %
sur chaque mouvement débiteur,
alors que ce type de coût n’est pas
appliqué aux particuliers », pré­
cise Laure Prenat.

Les limites du système
Une autre solution consiste à op­
ter pour un compte spécialement
conçu pour les microentrepre­
neurs. « Ces dernières années, une
poignée de néobanques a déve­
loppé son offre dédiée, qui a plu­
sieurs avantages », constate Bruno
Joux, directeur chez Exton Consul­

ting. Tout d’abord, leurs tarifs sont
simples à comprendre puisqu’il
s’agit de forfait mensuel tout com­
pris. Chez Boursorama Banque,
par exemple, le compte Pro coûte
9 euros par mois et comprend une
carte de paiement à débit immé­
diat ou différé et un chéquier.
L’offre Solo (9,50 euros par mois)
proposée par Anytime inclut deux
comptes courants, trois cartes de
paiement et vingt virements et
prélèvements par mois. Chez N26,
le compte de base est gratuit et
permet de payer avec sa carte sans
frais dans toutes les devises.
D’autres fintech (technologies fi­
nancières) s’adressant unique­
ment aux entreprises et aux indé­
pendants ont, elles aussi, lancé
leur offre adaptée. Le compte est,
par exemple, accessible à partir de

3,90 euros (hors taxes) par mois
chez Shine ou dès 9 euros par
mois (hors taxes) chez Qonto.
Si elles sont relativement peu
onéreuses, ces formules créées
pour les microentrepreneurs
trouvent aussi leurs limites. Elles
n’autorisent pas les découverts
(sauf Boursorama) et ne permet­
tent pas toujours d’encaisser faci­
lement les espèces ou les chè­
ques. Elles s’adressent donc en
priorité aux entrepreneurs en­
caissant la majorité de leurs reve­
nus par virement. « Leurs offres
sont en pleine évolution mais, à
quelques exceptions près, elles
ne permettent pas non plus d’ob­
tenir un financement ou d’optimi­
ser les excédents de trésorerie »,
ajoute Bruno Joux.
Mais, et c’est sans doute leur
principal avantage, les fintech
proposent, en complément du
compte, certains services en ligne
qui peuvent faire la différence
pour un entrepreneur. Elles l’ac­
compagnent par exemple, lors
de la création de sa structure, ce
qui est loin d’être inutile notam­
ment s’il veut changer de statut,
les subtilités juridiques, sociales
et fiscales étant assez complexes
à appréhender.
Elles permettent aussi de calcu­
ler les cotisations à régler, d’éditer
des factures et même de relancer
certains fournisseurs en cas de
retard de règlement, ce qui fait
gagner du temps et de l’argent. De
vrais atouts dont les banques tra­
ditionnelles ne disposent pas.
pauline janicot

Le « coliving », un placement en devenir


Ce mode d’habitat ouvre ses portes aux investisseurs privés, mais cherche encore son modèle


C’


est le nouveau pro­
duit fétiche des in­
vestisseurs et des
promoteurs. Né dans
les années 2000 aux Etats­Unis, le
« coliving » est un habitat partagé
au sein d’un immeuble ou dans
une grande maison. Il se décom­
pose en espaces privatifs (cham­
bre de l’occupant avec, selon les
opérations, une salle de bains et
une petite cuisine privées), semi­
privatifs (grande cuisine, vaste sa­
lon...) et partagés (salle de sport,
de jeux...). Les baux sont flexibles,
le bien entièrement meublé et les
loyers comprennent l’assurance
habitation, l’accès à Internet et à
de nombreux services comme le
ménage des parties communes.
D’autres prestations, optionnel­
les, sont facturées directement à
l’occupant (livraison du petit dé­
jeuner, accès à un espace de
coworking dans l’immeuble, etc.).
« Ces logements sont destinés
aux 25­35 ans qui arrivent dans une
ville sans la connaître et cherchent
un logement clés en main. Ils ne
veulent pas acheter de meubles et
souhaitent un accès à des servi­
ces et rencontrer des gens », cons­
tate Benoît Jobert, cofondateur de
The Babel Community, l’un des
leaders du coliving. « C’est aussi un
produit d’avenir pour les investis­
seurs, qui peuvent espérer entre
8 % et 10 % de rendement », affir­
me­t­il. Mais se positionner sur du
coliving en France n’est pas sim­

ple. La plupart des entreprises,
start­up ou promoteurs immobi­
liers préfèrent se tourner vers des
investisseurs institutionnels.
D’autres structures ouvrent
leurs portes aux particuliers
pour des enveloppes importan­
tes : « Le ticket d’entrée chez nous
est d’un million d’euros », lâche
Alexandre Martin, cofondateur
de Colonies, pionnier du coli­
ving en France.

Problème du bail
« Les personnes qui viennent à
nous cherchent un produit clés en
main. Pour ce prix, elles acquièrent
le bien immobilier, font des tra­
vaux nécessaires pour l’adapter en
espace de coliving avec notre aide,
et nous nous chargeons de la mise
en location », précise­t­il. « Sur ce
type de produit, les rendements
sont de l’ordre de 4 % à 5 % brut en
Ile­de­France, mais ils peuvent être
supérieurs si l’investisseur vient à
notre rencontre avec un bien dont
il est déjà le propriétaire et qui ré­
pond à nos critères. Nous ne pre­
nons que les propriétés situées près
des transports en commun, d’une
superficie d’au moins 300 m², avec
une vie de quartier dynamique. »
Une stratégie très proche de
celle de son concurrent Ever In­
vest ou du belge Ikoab, où de
nombreux investisseurs français
viennent se positionner. Car, chez
nos voisins belges, les prix de
l’immobilier sont bien inférieurs

à ceux pratiqués en France, et le
rendement net bondit de 8 % à
9 % : « Nous proposons aux “coli­
veurs” des maisons de maître dans
les grandes villes belges, comme à
Charleroi, où le ticket d’entrée est
de 550 000 euros, à Liège, de
650 000 euros, et à Bruxelles, de
800 000 euros. »
Les petits budgets ne sont pas
tout à fait oubliés. Le coliving
leur est ouvert, par le crowdfun­
ding immobilier. La plate­forme
Anaxago, spécialisée dans le
crowdfunding immobilier, pro­
pose des opérations comme celle
du boulevard de la République, à
Marseille, réalisée par The Babel
Community : « Le ticket d’entrée
était de 1 000 euros et les rende­
ments de 8 %. Ce que l’investisseur
achète, c’est de la dette obligataire
pour accompagner le financement
du projet. Une fois ce dernier sorti
de terre, au bout de vingt­quatre
mois, il est remboursé en tenant
compte du rendement qui lui a été
promis », indique Joachim Du­
pont, président d’Anaxago.
Trois autres projets de coliving
sont présents sur le site, tous si­
gnés The Babel Community. Car,
faute de réglementation précise
du coliving, les acteurs innovent
en matière d’investissement.
Ainsi, en septembre, c’est l’opéra­
teur de coliving Sharies et Auda­
cia, une société de gestion indé­
pendante, qui lance un fonds
immobilier pour le coliving. Ce
dernier vise une capacité d’inves­
tissement de 50 millions d’euros

et doit permettre de financer des
projets dont la superficie oscille
entre 2 000 m² et 5 000 m². « Ce
fonds est ouvert aux investisseurs
privés pour un ticket d’entrée de
100 000 euros. Ils recevront un ren­
dement net de 6 %, payé au mo­
ment de la revente de l’immeuble »,
assure Julien Morville, cofonda­
teur de Sharies. Son concurrent de
chez Colonies réfléchit à une
structure similaire.
De l’avis des professionnels du
secteur, malgré les taux faibles, les
banquiers hésitent à délivrer des
prêts aux investisseurs souhai­
tant se lancer. Seule la plate­forme
ColiveMe, de BNP Paribas Real Es­
tate, tente de recenser les espaces
disponibles en France, tout en
mettant en relation investisseurs
privés et acteurs du coliving.
Parmi les freins à l’émergence
de cette industrie, outre le coût
du foncier, la question du bail
pose un problème : « Aujourd’hui,
il n’existe pas de bail d’habitation
adapté à la promesse du coliving,
c’est­à­dire celle d’entrer et de quit­
ter un logement quand on le sou­
haite. Nous sommes en train de
nous rapprocher des services de
l’Etat pour faire bouger les cho­
ses », promet François Terrier, di­
recteur général partenaires et ser­
vices chez Bouygues Immobilier.
Le produit devra aussi se gar­
der des dérives américaines, afin
d’être autre chose qu’un produit
marketing, comme le pressent la
sociologue Monique Eleb, spécia­
liste de l’habitat : « A New York, les
espaces privatifs sont de plus en
plus petits et les loyers toujours
aussi élevés, au prétexte que l’on
propose des espaces communs très
grands. On voit parfois des cham­
bres de moins de 9 m². Le coliving,
là­bas, est une niche financière qui
n’a aucun intérêt pour la société, et
l’on pourrait bien voir la même si­
tuation se reproduire en France »,
affirme, scandalisée, la cher­
cheuse. Aux opérateurs de dé­
montrer le contraire...
ludovic clerima

QUESTION  À  UN  EXPERT


La performance énergétique


permet-elle des réductions fiscales?


jean­rené bénichou, avocat associé CMS Francis Lefebvre Avocats

Le crédit d’impôt pour la transition énergétique (CITE) est le seul dis-
positif fiscal dont peuvent bénéficier les particuliers pour améliorer
la performance énergétique de leur domicile. Il concerne les proprié-
taires ou les locataires qui supportent, dans leur habitation princi-
pale achevée depuis plus de deux ans, certaines dépenses d’équipe-
ment en faveur de la transition énergétique (chaudières à haute
performance énergétique, matériaux d’isolation thermique, etc.).
Les travaux doivent être réalisés par un professionnel qualifié.
Le taux du CITE est en général de 30 % du montant des dépenses
prises en compte, avec un plafond de 16 000 euros pour un couple.
Cependant, le projet de loi de finances pour 2020 prévoit de le trans-
former dès 2020 en une prime forfaitaire pour les ménages les plus
modestes. Il serait prorogé d’un an pour les seuls ménages aux
revenus intermédiaires propriétaires de leur résidence principale.
Quant aux ménages aisés (dont les revenus excèdent 44 000 euros
pour un couple), ils n’en bénéficieraient plus qu’au titre des systè-
mes de charge pour les véhicules électriques. Aussi, dans le cadre
des discussions en cours au Parlement, et sous la pression des
députés, le gouvernement vient de leur accorder le droit au CITE
pour les travaux d’isolation des murs.

É PA R G N E
Le Livret A toujours plébiscité
Le Livret A reste très populaire auprès des épargnants
français, il a collecté, en septembre, environ 1 milliard
d’euros, faisant moins bien que lors du mois
précédent, mais nettement mieux qu’en septem­
bre 2018, selon des chiffres publiés, mardi 22 octobre,
par la Caisse des dépôts. Depuis le mois de janvier,
les Français ont déposé près de 15,8 milliards d’euros
sur ce placement, contre un peu moins de 11 milliards
un an plus tôt. Le Livret A continue ainsi de vivre
une année dynamique en dépit d’un taux de rémuné­
ration à son plus bas niveau historique, à 0,75 %.

LA PLUPART DES 


ENTREPRISES, START­UP 


OU PROMOTEURS 


IMMOBILIERS PRÉFÈRENT 


SE TOURNER VERS 
DES INVESTISSEURS 

INSTITUTIONNELS


15 % À 30 % 
C’est l’écart à la hausse qui sépare les loyers des espaces de « coli-
ving » des loyers de marché. Les professionnels du coliving expliquent
cette différence par le coût des prestations incluses dans le loyer
(accès à une salle de sport, salle de jeu vidéo, ménage des parties
communes, etc.). Ainsi, la plate-forme La Casa propose une propriété,
Casa Verde, situé à Créteil (Val-de-Marne), où l’occupant paie
895 euros par mois pour un studio de 15 m² meublé. Or, à Créteil, à
surface équivalente, le loyer mensuel hors charges est de 450 euros,
presque deux fois moins qu’en coliving...

SOS CONSO 
CHRONIQUE PAR RAFAËLE RIVAIS

Cimetière : gare aux


chutes dans les tombes!


A


l’occasion de la fête des défunts, le 2 novembre,
nombre de familles iront fleurir la sépulture d’un
parent. Gare aux chutes dans les tombes vides!
Les règlements des cimetières imposent que ces
dernières soient entourées de barrières pour éviter les acci­
dents. Mais ils ne sont pas toujours respectés, comme le
montre l’affaire suivante.
Un dimanche matin de 2009, Claudette X se rend sur la
tombe de son époux, au cimetière de Lagny­sur­Marne (Sei­
ne­et­Marne). Elle constate que la fosse située à côté de la
sienne est recouverte de plaques de fibrociment, et que l’une
d’elles est fendue ; elle évite donc de marcher dessus. Las,
elle trébuche et dégringole deux mètres plus bas. Bien que
souffrant de multiples fractures, elle trouve la force de crier,
pour appeler à l’aide.
Jean­Claude Y, qui se recueillait sur la tombe d’un parent
non loin, vient lui porter secours. Il prend appui sur les
autres plaques de fibrociment, pour l’aider à remonter, mais
elles se brisent sous son poids, et il tombe à son tour.
L’épouse de Jean­Claude appelle alors les
pompiers, qui viennent exhumer les deux
blessés, pour les conduire aux urgences
de l’hôpital, où Jean­Claude est opéré de
l’épaule. L’enquête qui suit montre que le
caveau litigieux appartient à M. et Mme Z,
des octogénaires qui comptent en faire
leur dernière demeure. Ils ont demandé à
l’entreprise de pompes funèbres de répa­
rer la plaque fissurée, mais celle­ci n’a pas
effectué les travaux nécessaires.
Claudette et Jean­Claude assignent donc
le gérant, afin qu’il les indemnise de leurs préjudices. Las, son
entreprise a été placée en liquidation judiciaire ; comme ils
n’ont pas déclaré de créance, le code du commerce leur inter­
dit de le poursuivre. Ils se retournent donc contre M. et Mme Z,
sur le fondement de l’article 1384­1 (ancien) du code civil, aux
termes duquel « on est responsable des choses que l’on a sous
sa garde ». Ces derniers, abasourdis, prennent un avocat,
qui affirme que les victimes ont « commis une faute d’impru­
dence, ayant concouru à la réalisation de leur dommage »
et qui appelle les assureurs des uns et des autres au procès, le­
quel dure encore quatre ans. La cour d’appel de Paris, qui sta­
tue le 23 janvier 2018, juge que les Z sont « responsables de
plein droit » des accidents, « en leur qualité de gardiens de la sé­
pulture », mais que leur assureur doit les couvrir, et que l’assu­
reur de l’entreprise de pompes funèbres doit garantir celui­ci
des condamnations prononcées à leur encontre, l’entreprise
ayant, par sa « négligence », commis une faute. S’agissant de
Jean­Claude, elle affirme que « les nécessités de son geste
généreux rendaient impossible toute autre manœuvre, sauf à
laisser Mme X là où elle était ».

L’ENTREPRISE DE 


POMPES FUNÈBRES 


N’A PAS RÉPARÉ


LA PLAQUE


DE FIBROCIMENT 


FISSURÉE


CLIGNOTANT


Des services en ligne peuvent faire la différence. CHARLES PLATIAU/REUTERS
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